Je déteste les icebreakers

« Briser la glace » dit-on dans la langue courante. L’Icebreaker est cette activité de démarrage de séminaire, formation ou conférence prescrite au collectif: Un bélier… Un pic à glace… Un mixer… Brrr, c’est froid la glace

J’avoue faire preuve de beaucoup de retenue quand on me demande de faire de l’impro pour un « Icebreaker ». 

Un petit peu d’impro avant un séminaire, ça fera le plus grand bien. Vous comprenez notre staff ne se connait pas bien. On aimerait un peu les secouer. On va diviser le groupe en 4 et il faut des comédiens pour 1h. 

Rien que le terme me crispe. ça pue l’événementiel qui se la joue « catering-keynote » et surtout n’oubliez pas le  » giveaway »….alley dis!

Puis les étiquettes, les cases, ça touche à mon histoire personnelle, ça me crispe. 

Voilà, vous avez eu votre Ice breaker, vous avez fait connaissance, on a ri, maintenant asseyez-vous, taisez-vous et avalez-moi cette pilule de conférence et les 126 slides qui vont avec…On fera les questions-réponses si les orateurs n’ont pas trop débordé leur temps de parole.

J’ai l’impression d’être consommé comme une antidote au stress, genre des fleurs de Bach.

Hier, on m’a demandé un Icebreaker…par mail.

Je prend mon courage à deux mains, j’appelle la personne de contact qui demande cette activité de brisage de glace, prêt à dire « non, désolé, fais pas ça ».

Je mets des gants. J’aimerais leur proposer plus. L’impro c’est tellement plus qu’un icebreaker.

Puis je dois bien comprendre que la demande est ce qu’elle est…Il y a 1h et c’est à prendre où à laisser. Pas le temps de faire plus.

Icebreakerman can you save me?

Je laisse la conversation sur un énigmatique « je vais voir ce que je peux vous proposer » et raccroche.

fatigué par la perspective de devoir « trahir » mon art

Ice Ice Baby

Deux heures plus tard. Mon euro tombe.

J’étais en train de démolir un mur dans mon jardin à coup de massue, plein d’énergie et de ce généreux soleil de Paques. Bing…Paf….bardaf….brolleroule…et encore bings et vlan. 

Totalement en sueur et déconnecté de mon sujet, alors que je reprend mon souffle, l’étincelle jaillit. 

Tout est clair.

Icebreaker? no mec….

Wallbreaker! Je casse des murs, certes… mais je ne casse pas, moi… Je construis, bordel!

Je déteste les icebreakers, car je ne suis pas un casseur. Je suis un bâtisseur.

L’improvisation, c’est la co-construction….du lien, de la confiance, de l’ouverture

Je viens pour créer.

Je viens pour aider à construire le niveau le plus haut d’un collectif. Une membrane fédératrice qui va faire que chaque individu (re)trouve sa place, sa nature, sa confiance et peut évoluer avec élan et souplesse.

Je ne vais pas diviser le groupe en 4. Ils sont 100 personnes. Nous allons passer une heure en plénière pour construire ensemble.

Après une bonne douche, je reviens à mon ordi et je pond une proposition en 20 minutes. Yesss!

Le premier apprentissage, c’est que les mots comptent! Ma sensibilité n’est pas la votre, mais « Icebreaker » reste un mot dur. Ce mot donne un code sournois. 

Et si on construisait plutôt quelque chose? Ce serait quoi?

Le deuxième apprentissage, c’est que la tête peut être une prison. J’étais en train de casser de la brique lorsque tout s’est illuminé. Ma tête était vide. Mon corps était en pleine activité. J’utilisais une partie de ma frustration pour lancer cette masse contre ces briques en béton. Je ne crois pas que ce soit un hasard si « Icebreaker » a été déconstruit en même temps que mon mur. Le corps et le psychophysique sont des libérateurs de notre pensée. A travers ma pratique de l’impro (et mon profil personnel très kinétique), je crois même que notre tête est souvent responsable de « pire » que de « mieux » dans l’exercice de la co-création instantanée, de l’exploration.

Le troisième, c’est que construire, ça se fait à deux. Si mon client n’a qu’une heure et que c’est sa contrainte, je dois respecter ce fait. Dire oui, c’est parfois douloureux ou effrayant, mais ça fait avancer…Le tout est de se respecter autant qu’on respecte l’autre.

Donc oui, je déteste les Icebreakers et j’adore la co-construction.